Qui suis-je ?

Cinq questions à Salomé Mulongo*

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  • A tout moment une personne qui s’adonne à l’écriture remémore les premiers signes de la passion d’écrire. Pour vous, quels étaient les premiers déclenchements, frémissements de cette passion ?
    Je pense que je portais l’écriture en moi mais bien enfouie loin, très loin. L’écriture était si bien enfouie que je n’ai ni lu ni écrit avant l’âge de 40 ans ! Curieusement c’est en renouant avec la danse que l’écriture a surgi comme une évidence. Quand on libère les maux du corps, sans doute libère-t-on aussi les mots de l’esprit ? J’ai fait le plein d’ateliers d’écriture pour rattraper le temps perdu. Ce fut pour moi le début d’une longue histoire d’amour qui m’a inspiré le prologue du livre.
    « Il n’a pas de forme. Il n’a pas de matière. Il n’a pas de titre. D’ailleurs existe-t-il vraiment ? Personne ne l’a encore jamais vu. Mais je peux le sentir à l’intérieur de moi. Il vient de mes ancêtres et, avant eux, des animaux, des végétaux et des minéraux. Il ne m’appartient pas. Il m’a été offert pour mes enfants, les enfants de mes enfants et, après eux, les animaux, les végétaux et les minéraux. C’est mon livre intérieur. »
  • « Métissage, ni tout blanc, ni tout noir », votre premier récit préfacé par Jacques Mercier, est un titre qui pourrait figurer comme une réponse au questionnement fondamental : « qui suis-je ? »… Est-ce une dilution de soi, allant à l’encontre des certitudes et des irruptions contemporaines des «identités meurtrières »?
    Oui, on peut lire les 115 pages comme une réponse à la question qui suis-je ? Et la réponse est bien évidemment…je ne sais pas. Je sais juste que je ne suis ni toute noire ni toute blanche. Et je sais aussi ce que je pensais avoir hérité du blanc vient peut-être du noir et inversement. Personnellement, j’ai une deuxième lecture du livre. Le blanc et le noir de ma peau n’était finalement qu’une infime partie du récit. Ce qui m’a porté dans mon écriture, c’est de rendre la réalité telle que je la perçois, à savoir que rien n’est jamais ni tout blanc ni tout noir. Même la mort n’est pas toute noire. Surtout la mort. Et c’est vrai qu’en cela, je vais à l’encontre de beaucoup de certitudes et oui, je m’insurge contre les « identités meurtrières ». Mais je n’y vois absolument pas de dilution de soi. Que du contraire. Je me sens forte, riche de deux cultures et de toutes les rencontres faites sur mon chemin. Et je l’avoue, j’ai une fâcheuse tendance à me considérer comme un être supérieur à la moyenne. Ce qui me rend parfois détestable et prétentieuse aux yeux de certains. Mais j’assume.
  • Ce livre est un « récit de vie » qui décline votre carte d’identité et un acte de naissance rédigé par la mixité des peuples et entre les continents ; c’est donc un attachement à l’universel pour ancrer notre commune condition humaine…
    Oui, c’est exactement cela. Je ne pouvais mieux le dire. Oserais-je encore ajouter après ce que je viens de dire sur mon complexe de supériorité, oui allez, j’avoue. Avant l’écriture de ce livre, je me sentais souvent extra-terrestre (comprenez donc un être supérieur, hi ! hi !), toujours différente, jamais comme les autres, ni blanche ni noire. Avec ce livre, j’ai renoué avec l’universel. Et les lecteurs me le rapportent très souvent. Beaucoup se sont reconnus en lisant mon livre et en ont été touchés. Quand on touche à l’universel, on ne peut être que très proche, je pense. Au fond, plutôt que toujours mettre le doigt sur les différences, on devrait mettre en avant ce qui nous rassemble. Il y aurait moins de conflits, je pense.
  • « Métissage, ni tout blanc, ni tout noir » est composé de deux parties. L’une intitulée « En noir et blanc », partie dont vous ne cessez en abyme, de battre en brèche cette dictature binaire ; et une seconde partie intitulée « En couleurs », partie présupposant que l’interculturel est la voie royale pour libérer l’avenir…
    Je vais sans doute vous surprendre mais quand l’éditeur m’a contactée, il m’a demandé de changer le titre que j’avais choisi « Les je olympiques » pour qu’il reflète mieux la thématique du récit. Naïvement, je lui ai dit « Ah ! Bon, vous trouvez qu’il y a une thématique qui se dégage dans mon récit ? » Et il m’a répondu. « Ben oui. Le métissage ». Moi je n’avais pas l’impression d’avoir écrit un livre sur mon métissage. J’ai donc dû trouver un autre titre et modifier ceux des parties et des chapitres. L’idée « en noir et blanc » m’est venue parce que dans la première partie je parle uniquement de ma mère et de mes grands-parents blancs et de mon père et de mes grands-parents noirs. La partie « en couleurs » s’est imposée tout simplement parce que je n’y parle que de moi qui ne suis ni toute blanche ni toute noire mais couleurs. En ce qui concerne l’interculturel comme voie royale, je dois dire que je n’en sais absolument rien. D’ailleurs, je ne sais pas trop ce que l’on entend par interculturel. Ce que je sais, en revanche, c’est que, pour avoir côtoyé pas mal de cultures différentes, chacune d’elle contient des tonnes et des tonnes de richesses. Et moi je prends de toutes les cultures et je fais miennes tout ce qui me donne l’impression de grandir, de devenir meilleure, de me reconnecter à cet universel souvent perdu et noyé dans le flot du quotidien. Bref, tout ce qui, dans chacune, est un hymne à la vie.
  • Dans ce genre de « récite de vie », on a une fâcheuse habitude de ne tenir compte que du « récit événementiel », en négligeant « le récit de l’écriture ». Or, dès le « Prologue », les signes d’une écrivaine accomplie sautent directement aux yeux, confirmés par une écriture dynamique, vive et bien « travaillée »…
    Malheureusement, le récit de vie a mauvaise presse. Pour ne pas dire qu’il n’a pas de presse du tout. Il n’est même pas considéré comme un genre littéraire. Il est au roman ce que les séries B sont aux films d’auteur et les téléréalités aux documentaires. Et cela me fâche beaucoup parce que quand j’ai écrit ce récit, j’avais deux certitudes. La première c’était un devoir de transmission pour mes enfants et la deuxième certitude, peut-être même plus imposante encore que la première, c’était un devoir d’écriture. Heureusement, j’ai reçu de véritables retours-cadeaux, pas uniquement de lecteurs, mais d’auteurs de renom, de critiques et de professionnels de l’écriture comme Jacques Mercier, Vincent Engel, Benoît Coppée, Eva Kavian, Jacques Braibant, Pie Tshibanda qui ont salué mes talents d’auteur et d’écrivain.

*Questions posées par Mohammed Belmaïzi pour Plumes Croisées, juin 2010

 

 

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